Une grue est utilisée pour construire un condominium de luxe dans une grande ville.
6 minutes de lecture

Qu’est-ce qui justifie la hausse du coût des matériaux et comment les entrepreneurs peuvent-ils composer avec la situation?

Par : Souveraine Assurance | Avec : Tanvir Rakhra

Travailler dans l’industrie de la construction n’a jamais été facile. Au fil des décennies, les entrepreneurs ont traversé des périodes de ralentissement économique, des difficultés de main-d’œuvre, des problèmes de sécurité, des perturbations technologiques et même des impondérables, comme le climat. 

Dans le contexte actuel, on recense de bonnes et de mauvaises nouvelles pour les entrepreneurs et leurs clients. Après la pandémie, les dépenses de construction ont rebondi, et le Canada s’est doté d’un plan d’infrastructures de 12 ans de 180 milliards de dollars1

Selon les derniers chiffres de Statistique Canada, les investissements dans le secteur de la construction non résidentielle ont augmenté pour le neuvième mois consécutif, et progressé de 1,4 % en avril. Les investissements dans le secteur de la construction industrielle ont augmenté de 1,7 % pour atteindre 931 millions de dollars, et l’Ontario représente la majeure partie de cette croissance nette. Pendant ce temps, les investissements dans le secteur commercial ont augmenté de 1,5 % pour atteindre 2,9 milliards de dollars, et neuf provinces rapportent une croissance à cet égard2.

« Tout dépend de la province où l’on se trouve, mais en général, les dépenses sont à la hausse, explique Tanvir Rakhra, directeur de l’assurance-cautionnement pour la région de l’Est à Souveraine Assurance. Cependant, de nombreux entrepreneurs continuent de faire face à des difficultés en ce qui a trait à la chaîne d’approvisionnement et à la hausse du coût des matériaux. » 

En fait, les coûts de construction non résidentielle ont augmenté de 12,8 % sur un an au premier trimestre de 2022, dépassant le précédent sommet (+11,4 %) du dernier trimestre, selon Statistique Canada. Ces augmentations étaient particulièrement marquées à Toronto (+17,3 %), Ottawa (+17,2 %) et Edmonton (+13,9 %)3

Mais que cachent ces hausses de coûts? Comme chaque entreprise le sait bien, les chaînes d’approvisionnement et de production mondiales doivent encore se remettre des perturbations causées par la pandémie. Mais il y a bien d’autres raisons qui expliquent cette hausse du coût des matériaux. 

« Il y a également eu des événements climatiques, comme la tempête de verglas au Texas, les limites imposées à la production de certains produits en Chine pour contrôler les émissions, les problèmes d’approvisionnement en gaz naturel en Europe, et les pénuries de main-d’œuvre, qui font en sorte qu’il est difficile de réaliser certains projets à temps, explique Tanvir. En outre, l’inflation est à la hausse, et l’augmentation des prix du pétrole contribue à la hausse du prix d’expédition des marchandises, à quoi s’ajoute la forte demande en matériaux. » 

Pendant la pandémie, les subventions salariales ont permis d’atténuer une partie de ces problèmes, mais elles ont maintenant pris fin. « Aujourd’hui, les entrepreneurs qui ont conclu des contrats pré-pandémie pour des projets qui ne sont pas encore terminés sont aux prises avec cette hausse des coûts, mentionne Tanvir. Les marges qu’ils visaient à l’origine s’amenuisent et leurs frais généraux augmentent en raison des pénuries de main-d’œuvre. Ils doivent augmenter les salaires pour conserver leur personnel. »   

Ces situations complexes ne sont pas près de se régler. Les entrepreneurs doivent donc prendre des mesures pour limiter les effets de la hausse des coûts. 

« Il y a de nombreuses stratégies que les entrepreneurs peuvent employer, mais la meilleure, et de loin, consiste à prévoir dans leurs soumissions plus de souplesse pour tenir compte de la fluctuation des coûts et une marge bénéficiaire plus élevée », mentionne Tanvir. 

Lorsque c’est possible, les entrepreneurs devraient insister sur une clause de révision de prix, qui permet, dans le cadre d’un contrat, de modifier les tarifs, salaires et autres paiements déjà approuvés pour tenir compte de la fluctuation des coûts des matières premières ou de la main-d’œuvre. 

« Les projets à plus long terme devraient comprendre des clauses de révision de prix, mais on a constaté que certains entrepreneurs n’ont pas réussi à les faire ajouter à leurs contrats, surtout pour des projets dans le secteur public, ajoute Tanvir. De nombreux promoteurs résistent à ces clauses de révision de prix parce qu’ils veulent obtenir un prix ferme à l’étape de la soumission. » 

Une autre stratégie, surtout pour les grandes entreprises qui ont accès à des fonds, consiste à acheter du matériel en vrac dès le début du projet pour bénéficier de plus de certitude au niveau des coûts. « Ceux qui ne sont pas en mesure de faire de telles acquisitions peuvent faire appel à leurs fournisseurs et sous-traitants, avec qui ils ont bâti des relations de confiance au fil des ans, et travailler avec eux pour bloquer les prix en vue de grands projets », explique Tanvir. 

À plus long terme, les entrepreneurs devront trouver des façons d’attirer et de conserver des employés au-delà des hausses salariales, d’autant qu’une grande partie des travailleurs prendront leur retraite au cours des dix prochaines années. Tanvir souligne que le gouvernement du Canada a mis en place diverses initiatives qui visent à attirer plus de femmes et de jeunes dans les métiers spécialisés, ainsi que des immigrants, pour enrichir le bassin de main-d’œuvre. 

Il est également essentiel d’avoir les bonnes protections et les bons cautionnements. Compte tenu des défis actuels, Tanvir explique que l’équipe des assurances-cautionnement de la Souveraine échange activement avec les courtiers et entrepreneurs afin de leur fournir une aide et de recueillir leurs commentaires. 

« En matière d’assurance-cautionnement, il y a de nombreuses questions à poser, surtout pour les grands projets qui se déroulent sur plusieurs années, mentionne-t-il. Il faut savoir comment l’entrepreneur entend atténuer le risque d’une hausse marquée du coût des matériaux lorsque les prix d’un projet sont établis longtemps à l’avance. » 

Même si les difficultés sont multiples, Tanvir ajoute qu’il est important de ne pas être pessimiste. « Les entrepreneurs sont souples et très résilients, ils l’ont toujours été, ajoute-t-il. Ils sont à la hauteur du défi. » 

 


Sources 
1 Infrastructure Canada, « Investir dans le Canada : Plan d’infrastructure de plus de 180 milliards de dollars sur 12 ans » 
2 Statistique Canada, « Investissement en construction de bâtiments, avril 2022 », 13 juin 2022 
3 Statistique Canada, « Indices des prix de la construction de bâtiments, premier trimestre de 2022 », 5 mai 2022 
  

Pour vous offrir la meilleure expérience possible, nous utilisons des témoins de connexion sur notre site Web. Consultez notre Politique de confidentialité pour en apprendre davantage.